Nouvelle exposition à la galerie Alberto Sarmento
A Rio de Janeiro, j'avais un grand atelier à Copacabana. Quand j'avais fini de peindre, j'avais l'habitude de poser trois grandes toiles sur le mur, pour les analyser sous tous les angles, pour me confronter à ma peinture - moi dans la salle, moi dans mes tableaux, dans un exercice de dialectique, d'auto-connaissance, sur le chemin des grandes découvertes.
A l'époque j'avais une femme de ménage qui s'appelait Eva, elle était pratiquement analphabète et lisait péniblement les mots de la Bible pendant qu'elle préparait le repas, des haricots, du bouillon de poulet, de la bonne cuisine de Minas Gerais, ma région natale. Après avoir regardé longtemps mes toiles, j'appelais Eva pour qu'elle me donne son opinion d'érudite et de critique d'art sur mes dernières productions. Je lui posais toujours deux questions, toujours les mêmes :
- Pour vous quel est le meilleur tableau ? Quel est le tableau que vous aimez le plus, qui vous rappelle votre terre, qui vous donne la nostalgie de votre famille ?
A la première question, Eva ne savait que répondre, elle était embarrassée, elle regardait une toile, puis l'autre, puis la troisième, avec de grands yeux, inquiète et confuse. A la seconde question, son regard s'illuminait, elle irait, heureuse, et elle montrait aussitôt l'un des tableaux, d'un geste véritablement sincère.
L'art est ce qui provoque en nous des émotions, fait briller nos yeux et nous touche au coeur. L'art ne s'explique pas, ni le mien, ni celui d'Eva dans la cuisine. 
L'inauguration de cette nouvelle exposition aura lieu le 15 octobre, vers 18h30, à la galerie Alberto Sarmento, au 215 rue de Madalena, à Lisbonne.
La fête continuera ensuite au pub irlandais O'Gillins, rue dos Remolares, Lisbonne, à partir de 22h30.
Exposition "movimento" à la galerie Magia Imagem
Le dessin a toujours été un moyen d'arriver à la peinture. Ce qui m'intéresse parfois, c'est de jouer, un jeu de bipolarisation entre le dessin et la peinture. Je ne me laisse pas prendre par le dessin, parce qu'on devient prisonnier des lignes. La question de l'affectivité est de laisser les émotions s'exprimer librement et de libérer l'esprit. Les coups de pinceaux sont émotifs avec la gestuelle, dans un état de libération de l'ego, de non-conscience.
Je pense que le fait de réaliser, l'acte de conscience quand on peint une toile, est la convergence de deux entités opposées, conscience / non-conscience. Quand je peins un tableau de tauromachie, je peins les émotions, les gestes, le rituel, je cherche à me mettre dans la peau du toréador, entre la vie et la mort. Le taureau est un animal noble, il me suffit d'une tache de peinture noire et je vois le taureau, c'est le noir qui bouscule les concepts. Il existe un point de convergence très fort, et chaque coup de pinceau se transforme en une danse. Dans ces tableaux, j'explore l'esprit, comme un acte thérapeutique, par la non-conscience, par l'automatisme.
Nous sommes des animaux pensants, et nous réalisons nos pensées que nous ne pensons pas, quand nous ne calculons pas. Il existe une relation certaine entre les traits et les coups de pinceaux qui amènent la couleur. Il y a longtemps je disais que c'étaient les veines qui courraient sur la toile, les traits sont les nerfs. Je sentais le besoin de lancer mes émotions sur les toiles avec des traits. Quand j'étais au lycée, et que le professeur n'était pas dans la classe, j'allais au tableau noir pour dessiner et pour gribouiller, il y avait des craies de couleur. Peindre c'est retourner en enfance, je libère mon esprit et parfois je me sens de nouveau comme cet enfant qui gribouille sur une toile.
La vérité vient de la franchise de peindre, s'exprimer à travers la peinture avec authenticité. Je dis que des rivières de couleurs courent dans mes toiles, comme dans un poème, et la vérité vient de la façon dont on peint avec son propre sang, au sens métaphorique, une manière de transcender la technique pour la virtuosité de la peinture devienne un art sans artifice.
Saulo Silveira
Le trait et le geste de Cícero Manoel
Cícero Manoel a 38 ans, il vit et il travaille à Teresina, au Brésil, loin de l'agitation culturelle des grands centres urbains.
Cícero Manoel, un artiste en devenir, est une excellent dessinateur, il possède un trait léger et créatif, chose rare chez un jeune artiste qui n'est pratiquement jamais sorti de sa région natale, à part pour quelques participations à des expositions collectives à Fortaleza et à Brasilia.
Il est diplômé en Lettres à l'université fédérale de Piauí, mais il n'a jamais enseigné. Il a préféré donner libre cours à sa veine artistique en choisissant le dessin comme moyen d'expression. Comme le disait Mário de Andrade, "le dessin parle, il est même parfois une sorte d'écriture, une calligraphie, beaucoup plus qu'un art plastique".
Cícero Manoel n'est pas un artiste qui affronte les grandes dimensions de la toile ou du papier. Ses oeuvres sont généralement de petite taille, parfois même parcimonieuses dans leurs traits. Mais si l'on observe attentivement chacun de ses travaux, on s'aperçoit que l'artiste arrive à faire passer toutes ses émotions, que ce soient dans ses travaux en noir et blanc, ou bien dans ceux où il utilise avec beaucoup de sensibilité et de créativité l'encre de Chine, le crayon de couleur ou le pastel. D'ailleurs la sensibilité ne manque pas dans les oeuvres de Cícero Manuel. C'est pour cela qu'il attire et enchante le regard du spectateur. Il est indéniable qu'il existe une énorme empathie entre son travail et le public.
Chaque oeuvre est une leçon de composition élaboré, minutieuse dans les détails, impeccable en terme de technique et révèle l'artiste comme un observateur attentif des thèmes qui lui sont chers, depuis les églises dans sa région natale jusqu'aux objets du quotidien. L'artiste parle du réel, même quand il trace les formes géométriques ou abstraites.
Geraldo Edson de Andrade